Du tatami aux affaires : Teddy Riner partage sa méthode d’entrepreneur

Par :
Romain Tardino
vendredi 17 avril 09:23 - 5 min
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On le connaît comme le judoka le plus titré de l’histoire avec ses 11 titres mondiaux et ses cinq médailles d’or olympiques. Pourtant, devant une foule de visiteurs venus l’écouter au Salon Go Entrepreneurs (La Défense), jeudi 16 avril, c’est de sa seconde grande passion que Teddy Riner est venu parler : l’entrepreneuriat.

Une suite logique, selon lui, tant cette dimension a toujours accompagné sa carrière – dès ses 17 ans, précisément, « parce que le judo c’est un sport amateur, c’est un sport dur, qui ne prévient pas quand il s’arrête ». « J’ai eu un père qui m’a toujours rabâché : investis, va à l’école, pense à demain, parce que ça peut s’arrêter très vite. Donc je n’avais pas d’autre choix que de trouver des projets, une façon de réussir et de m’assurer un meilleur avenir ».

« Avoir voulu devenir champion à 13 ans, c’était déjà un projet : il faut l’emmener, savoir s’entourer, écouter. Pour réussir un bon projet, que ce soit dans le sport ou dans le business, il faut beaucoup de travail et de remise en question », a-t-il poursuivi. Textile, construction, mobilité, hospitalité… le champion a multiplié les initiatives entrepreneuriales et accompagne aujourd’hui de nombreuses start-up, notamment dans des domaines « qui [lui] collent à la peau » comme la santé, le sport, la jeunesse ou l’éducation.

Une évidence qui ne tombe pas non plus du ciel, a-t-il précisé : « J’ai fait trois années à Sciences Po dans le cadre du certificat pour sportifs de haut niveau, un peu de management, et ensuite je me suis formé dès que j’en ai eu besoin. Je suis une éponge sur le tatami, mais aussi en dehors. Je n’ai aucune honte à m’entourer des meilleurs et à leur dire : ‘je ne comprends pas, tu peux m’expliquer ?’ Et après, ça me fait une compétence de plus. »

Apprendre de ses échecs

Parmi ses nombreux investissements figure sa holding TR Leader Group, qui regroupe plusieurs activités : location de voitures de luxe, audiovisuel, marketing, immobilier, Paris School of Sports avec plusieurs campus en France, l’Académie Teddy Riner pour initier les jeunes au judo, ou encore la marque d’équipements d’arts martiaux Fight Art. Teddy Riner est également investisseur dans différentes entreprises, notamment Thomson Computing.

Interrogé sur ses projets en cours, le judoka a évoqué une application dédiée à la pratique sportive personnalisée. « On développe un outil pour toutes les personnes qui veulent faire du sport avec de l’intelligence artificielle, mais aussi des neurosciences et des neurotypes qui permettent d’adapter la séance à la personne. C’est tellement satisfaisant quand on sait comment il faut entraîner une personne, comment viser juste ».

L’entrepreneuriat implique aussi d’assumer ses revers. « Bien sûr, j’ai échoué dans beaucoup de projets. J’y croyais parce que j’avais donné mon image et j’étais à fond derrière eux ». Teddy Riner est revenu sur l’échec de L’Agence de Papa, agence immobilière 100 % digitale dans laquelle il avait investi et qui a été mise en liquidation fin juin 2025 par le tribunal de commerce de Nice, avec un passif de plus de 10 millions d’euros.

« Le concept était différent : 2 000 euros de frais d’agence, peu importe le prix du bien. On avait bien démarré, puis les dirigeants ont peut-être été mal entourés et la boîte a capoté. C’est dommage, mais c’est aussi ça l’entrepreneuriat : il y a des projets qui marchent et d’autres moins. Ce sont des paris. »

La rigueur et la flamme, aussi

Le champion a surtout insisté sur le rôle décisif de l’entourage et de l’expérience. Les échecs ont, selon lui, profondément façonné sa manière d’investir : il ne rejoint désormais plus un projet sans dirigeants expérimentés, avec « au minimum 15 à 20 ans de bouteille ».

Une exigence directement liée à la rigueur héritée du sport de haut niveau. « Je mets la même rigueur dans les affaires que dans ma routine sportive : arriver à l’heure, motiver les équipes, organiser des réunions, suivre le travail. Un projet ne peut pas fonctionner en autopilote. »

Devant son audience attentive, Teddy Riner a aussi tenu à partager un conseil central : la motivation. Tout commence, selon lui, par « l’envie » et « le plaisir ». « Tous les matins, je suis content de me lever parce que je sais qu’à l’entraînement je vais progresser, aller chercher les meilleurs. Dans les projets, c’est pareil : il faut cette petite flamme qui donne envie d’aller au bureau, de trouver des partenaires, des solutions et d’être satisfait en fin de journée de l’avancement. Sans ça, on n’est pas au bon endroit », a-t-il notamment précisé.  

Sur la question du travail en famille, le judoka s’est montré plus prudent, en s’appuyant sur son propre parcours. Son père a longtemps géré sa carrière, jusqu’à ce que la relation professionnelle prenne le pas sur la relation personnelle. « J’ai retrouvé mon père quand il a arrêté de travailler pour moi. Ça m’a fait du bien. Je conseille d’éviter de mélanger famille et affaires : il y a des professionnels qualifiés pour ça, et la vie devient plus apaisée quand on sépare les deux. »

« Je me demande encore quand cette “petite mort” va arriver »

Enfin, Teddy Riner s’est projeté vers la fin de sa carrière sportive, évoquant les Jeux olympiques de Los Angeles 2028 comme – probablement – sa dernière participation. À 37 ans, malgré une reconversion déjà bien engagée, l’idée de l’arrêt reste difficile à appréhender.

« On m’a préparé à l’après, mais pas à arrêter le judo. J’aime ce que je fais. Je me demande encore quand cette “petite mort” va arriver », a-t-il confié, estimant que raccrocher reviendrait à « perdre une jambe » et devoir retrouver un nouvel équilibre.

A peu près convaincu qu’il ne retrouvera jamais dans le business l’adrénaline et les émotions du haut niveau, il préfère « faire durer le plaisir le plus longtemps possible ».

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